Jason Statham Le Transporteur : Analyse d’une Filmographie Culte
À RETENIR : L’Essentiel de l’Article
- Rôle Pivot : Ce film a transformé Jason Statham d’acteur de second plan en superstar mondiale de l’action.
- Innovation Chorégraphique : Le mélange unique de boxe anglaise et d’arts martiaux, orchestré par Corey Yuen.
- Le Code Moral : Les « 3 Règles » de Frank Martin ont défini l’archétype du antihéros méthodique moderne.
- La Voiture Star : La BMW 735i (E38) est devenue aussi culte que l’acteur lui-même grâce à une conduite réelle sans CGI excessifs.
- Héritage : Sans Le Transporteur, il n’y aurait probablement pas eu de Shaw dans Fast & Furious.
En 2002, le paysage du cinéma d’action était dominé par des effets spéciaux numériques grandissants et des héros aux muscles hypertrophiés. C’est dans ce contexte que Luc Besson et sa société de production EuropaCorp ont lancé un pari risqué : miser sur un ancien plongeur olympique britannique, alors connu pour des rôles de voyous dans les films de Guy Ritchie, pour porter une franchise internationale. Ce pari s’appelait Le Transporteur.
Ce film, réalisé par Louis Leterrier et le légendaire chorégraphe hongkongais Corey Yuen, n’a pas seulement été un succès au box-office. Il a redéfini les codes du genre et a propulsé Jason Statham au rang d’icône. Mais pourquoi ce film reste-t-il, plus de 20 ans après, une référence absolue en matière de chorégraphie et de conduite automobile ? Plongée analytique dans le film qui a créé le mythe Frank Martin.
Sommaire
- De Guy Ritchie à Frank Martin : La métamorphose
- Le Code du Transporteur : Analyse psychologique
- L’Art du Combat : La touche Corey Yuen
- La BMW E38 : Une icône mécanique
- Le Duo Statham-Berléand : Une alchimie inattendue
- L’Héritage : De EuropaCorp à Hollywood
- Glossaire Cinéma
- FAQ
De Guy Ritchie à Frank Martin : La métamorphose
Avant d’enfiler le costume cintré de Frank Martin, Jason Statham était surtout le visage de Bacon dans Arnaques, Crimes et Botanique (1998) et de Turkish dans Snatch (2000). Il excellait dans le rôle du « lad » londonien, bavard, arnaqueur et charismatique.
Lorsque Luc Besson l’approche pour Le Transporteur, il lui demande l’inverse complet : le silence, la rigueur et une physicalité explosive. C’est un tournant majeur dans la filmographie de l’acteur. Pour la première fois, il doit porter un film sur ses seules épaules, sans un casting choral pour le soutenir.
La transformation physique est drastique. Statham s’entraîne intensivement aux arts martiaux mixtes, au kickboxing et à la conduite défensive. L’objectif d’EuropaCorp est clair : créer un héros d’action « à l’ancienne », capable d’exécuter ses propres cascades comme ou Jean-Paul Belmondo, mais avec une esthétique moderne et froide. Ce rôle a prouvé à Hollywood que Statham n’était pas seulement un « bon mot » dans un film de gangsters, mais un véritable athlète capable de devenir une franchise à lui seul.
Le Code du Transporteur : Analyse psychologique
Ce qui distingue Le Transporteur des autres films d’action de l’époque (comme xXx sorti la même année), c’est la psychologie obsessionnelle de son protagoniste. Frank Martin n’est pas un héros par choix ; c’est un professionnel par nécessité. Son monde est régi par un ordre strict pour contrer le chaos de son métier.
Les 3 règles d’or décryptées
Le scénario structure toute la tension narrative autour de la rupture progressive de ces trois règles :
- Règle n°1 : Jamais de noms. Cette règle déshumanise la transaction. En refusant de connaître ses clients ou ses victimes, Frank Martin se protège émotionnellement et juridiquement. C’est une barrière mentale que Jason Statham joue avec une froideur impeccable.
- Règle n°2 : Ne jamais changer le deal. Une rigidité contractuelle absolue. C’est cette règle qui provoque la première scène d’action majeure, lorsque les antagonistes tentent d’ajouter du poids au « colis ». Cela montre que pour Frank, le principe vaut plus que l’argent.
- Règle n°3 : Ne jamais ouvrir le colis. C’est le point de bascule. La curiosité (ou l’humanité) de Frank le pousse à ouvrir le sac dans lequel se trouve Lai (jouée par Shu Qi). En brisant cette règle, il passe du statut de « machine » à celui d’humain, scellant son destin et le début des ennuis.
Ce cadre rigide rend l’explosion de violence encore plus satisfaisante pour le spectateur. C’est l’archétype du « samouraï moderne » : solitaire, codifié et létal.
L’Art du Combat : La touche Corey Yuen
Si Louis Leterrier gérait la narration, c’est bien Corey Yuen qui a sculpté l’identité visuelle des combats. Vétéran du cinéma de Hong Kong, Yuen a apporté une fluidité chorégraphique inédite dans une production française.
L’utilisation de l’environnement
Dans la plupart des films d’action américains des années 90, les combats se résolvaient à coups de poing et d’armes à feu. Dans Le Transporteur, Jason Statham utilise tout ce qui lui tombe sous la main. C’est le principe du « Prop-based fighting » (combat basé sur les accessoires).
La scène la plus emblématique reste celle du bus et de l’huile de moteur. Encerclé, Frank Martin s’enduit d’huile pour se rendre insaisissable. Il utilise des pédales de vélo, des tuyaux et même ses propres vêtements pour neutraliser ses adversaires. Cette séquence démontre non seulement la créativité de Corey Yuen, mais aussi l’incroyable agilité de Statham, qui a réalisé la quasi-totalité de ces mouvements sans doublure.
📺 Vidéo : La Scène Culte du Bus
Observez comment Statham utilise l’huile pour compenser son infériorité numérique. Une masterclass de chorégraphie.
La BMW E38 : Une icône mécanique
Impossible de parler de ce film sans évoquer la véritable co-star : la BMW Série 7 (E38). Plus précisément, le modèle utilisé est une BMW 735i de 1999, bien que le film laisse parfois entendre qu’il s’agit d’une 750i (V12) pour les besoins du prestige.
Pourquoi ce choix de voiture ?
Le choix de la BMW E38 n’est pas anodin. C’est une berline de luxe, élégante et discrète, qui contraste avec les voitures de sport flashy habituelles. Elle reflète parfaitement la personnalité de Frank Martin : classe à l’extérieur, puissante sous le capot.
Pour les besoins du film, la voiture a subi des modifications techniques. Bien que le modèle de série soit une automatique, elle a été convertie avec une boîte manuelle 6 rapports pour permettre à Jason Statham d’effectuer les cascades, les dérapages contrôlés et les demi-tours à 360 degrés.
Les scènes de poursuite, notamment celle d’ouverture avec la police française, restent des modèles du genre. Elles privilégient la conduite réelle et la sensation de vitesse physique, loin des fonds verts stériles de certaines productions récentes comme Fast & Furious.
Le Duo Statham-Berléand : Une alchimie inattendue
L’un des points forts souvent sous-estimés du film est la relation entre Frank Martin et l’inspecteur Tarconi, joué par l’excellent François Berléand.
Ce duo fonctionne sur le principe du « Buddy Cop Movie », mais à distance. Tarconi sait qui est Frank, Frank sait que Tarconi sait, mais ils jouent un jeu de chat et de la souris courtois. François Berléand apporte une touche d’humanité, d’humour très français et de gastronomie (les fameuses madeleines) qui ancre le film dans le sud de la France.
Cette dynamique permet de faire respirer le récit entre deux scènes d’action intenses. Elle humanise Frank Martin, montrant qu’il respecte l’ordre et la loi, tant que cela n’interfère pas avec sa survie. Sans Berléand, le film aurait été beaucoup plus sombre et moins savoureux.
D’un autre côté, la relation avec (Lai) apporte la vulnérabilité nécessaire. Bien que l’intrigue romantique soit parfois jugée secondaire, elle est le moteur qui pousse le héros à briser ses règles.
📺 Vidéo : Bande-Annonce Officielle
Replongez dans l’ambiance de 2002 avec le trailer original qui a lancé la saga.
L’Héritage : De EuropaCorp à Hollywood
Le succès du Transporteur a engendré deux suites directes (Le Transporteur 2 à Miami et Le Transporteur 3), une série télévisée (avec Chris Vance) et un reboot (Le Transporteur : Héritage avec Ed Skrein). Mais aucun n’a égalé l’impact brut du premier opus.
Pour Jason Statham, ce film a été la carte de visite ultime. Il a prouvé qu’il pouvait :
- Être crédible en costume (ce qui lui servira pour le rôle de Deckard Shaw).
- Conduire comme un pilote professionnel.
- Se battre avec une technique martiale complexe.
On retrouve l’ADN de Frank Martin dans presque tous ses rôles ultérieurs, de Killer Elite à Mechanic: Resurrection, et bien sûr dans la saga Fast & Furious. Deckard Shaw est, à bien des égards, un « Frank Martin maléfique » : même style vestimentaire, même compétences au volant, même efficacité brutale.
En conclusion, Le Transporteur n’est pas juste un « bon film d’action ». C’est une pièce maîtresse de l’histoire du cinéma de genre des années 2000, un pont culturel entre la production française de Luc Besson et les standards d’Hollywood, porté par un acteur qui allait devenir le plus grand action hero de sa génération.
Glossaire Cinéma & Technique
Pour mieux comprendre les termes utilisés dans cette analyse.
- Chorégraphie Hongkongaise
- Style de combat cinématographique caractérisé par des mouvements fluides, rythmiques, une utilisation acrobatique de l’espace et des plans larges permettant de voir l’action, popularisé par des maîtres comme Corey Yuen ou Yuen Woo-ping.
- EuropaCorp
- Studio de cinéma français fondé par Luc Besson. Il est célèbre pour avoir produit des blockbusters d’action internationaux (Taken, Lucy, Le Transporteur) rivalisant avec les studios américains.
- Anti-héros
- Personnage principal qui ne possède pas toutes les qualités morales héroïques traditionnelles (comme l’altruisme pur). Frank Martin, mercenaire guidé par l’argent et des règles strictes, en est un exemple parfait.
- BMW E38
- Troisième génération de la BMW Série 7, produite entre 1994 et 2001. Elle est considérée par les puristes comme l’une des plus belles berlines jamais construites et reste indissociable de l’image du film.
Foire Aux Questions (FAQ)
Quel est le modèle exact de la voiture dans Le Transporteur 1 ?
La voiture principale est une BMW 735i (châssis E38) de 1999. Elle est noire, avec un intérieur cuir. Bien que le film fasse référence à un moteur V12 (suggérant une 750i), le modèle utilisé pour le tournage était bien une V8, convertie en boîte manuelle pour faciliter les cascades de Jason Statham.
Jason Statham a-t-il vraiment réalisé toutes ses cascades ?
Oui, la grande majorité. Grâce à son passé d’athlète de haut niveau (équipe britannique de plongeon) et sa pratique des arts martiaux, Jason Statham a insisté pour réaliser ses combats et la plupart des scènes de conduite. Cela permet à la caméra de filmer son visage en pleine action, sans coupure rapide pour cacher une doublure.
Pourquoi y a-t-il une différence entre la version française et américaine ?
Il existe effectivement quelques différences de montage. La version américaine a été légèrement censurée à sa sortie pour éviter un classement « R » (Restricted) trop sévère, réduisant l’impact de certains coups ou bruits d’os brisés. La version européenne est souvent considérée comme la version « intégrale » voulue par Louis Leterrier.