Gérard Depardieu dans Cyrano de Bergerac
À RETENIR : L’essentiel en 30 secondes
- Une performance inégalée : Gérard Depardieu livre ici sa performance la plus complète, fusionnant puissance physique et délicatesse poétique.
- Une adaptation dynamique : Le réalisateur Jean-Paul Rappeneau a réussi à transformer une pièce de théâtre statique en un véritable film d’action et d’aventure.
- Un triomphe critique : Produit par UGC, le film a raflé 10 César, un prix à Cannes et un Oscar pour les costumes.
- Un casting alchimique : Le trio formé avec Anne Brochet (Roxane) et Vincent Perez (Christian) reste un modèle d’équilibre dramatique.
Gérard Depardieu dans Cyrano de Bergerac : Le nez, la verve et le panache du poète amoureux
Il est des rôles qui marquent une carrière, et d’autres qui marquent l’Histoire du cinéma. Lorsque Gérard Depardieu enfile le nez de Cyrano de Bergerac en 1990, il ne se contente pas de jouer un personnage : il le redéfinit pour le siècle à venir. Cette adaptation de la pièce d’Edmond Rostand par Jean-Paul Rappeneau reste, à ce jour, l’un des sommets absolus du cinéma français.
Mais pourquoi cette incarnation fascine-t-elle encore plus de 30 ans après ? Comment un acteur connu pour sa brutalité dans Les Valseuses est-il devenu le porte-étendard de la langue française ? Plongée au cœur d’une performance magistrale.
Sommaire de l’analyse
- 1. L’incarnation physique : Au-delà du nez
- 2. La mise en scène de Rappeneau : Du théâtre au cinéma d’action
- 3. L’alchimie du casting : Brochet, Perez et Weber
- 4. Analyse des scènes cultes : Tirade et Balcon
- 5. Un pivot dans la carrière de Depardieu
- 6. Réception et pluie de récompenses
- Glossaire Technique
- Foire Aux Questions (FAQ)
L’incarnation physique : Au-delà du nez
La première chose qui frappe, c’est évidemment l’appendice. Mais réduire la performance de Gérard Depardieu à sa prothèse nasale serait une erreur monumentale. Là où d’autres acteurs se cachent derrière le maquillage, Depardieu l’utilise comme un bélier.
Le paradoxe de la brute délicate
Le génie de l’acteur réside dans ce contraste saisissant : une carcasse de géant, des mains capables d’étrangler un ours, mais qui tremblent à la simple idée de toucher la dentelle de Roxane. Gérard Depardieu apporte une dimension charnelle inédite au personnage. Jusqu’alors, Cyrano était souvent joué par des acteurs plus « cérébraux » ou sveltes. Ici, Cyrano est un ogre qui a avalé un poète.
Cette physicalité sert le texte d’Edmond Rostand. L’acteur ne récite pas les alexandrins, il les « mâche », il les vit. Sa voix, capable de passer du tonnerre lors du duel à l’Hôtel de Bourgogne, au murmure brisé lors de la scène finale, est un instrument de précision. Il prouve que la virilité brute n’est pas incompatible avec la plus haute préciosité littéraire.
La mise en scène de Rappeneau : Du théâtre au cinéma d’action
Adapter une pièce de théâtre en vers de 3 heures est un piège mortel au cinéma. Le risque ? Faire du « théâtre filmé », statique et ennuyeux. Le réalisateur Jean-Paul Rappeneau a, au contraire, choisi le mouvement perpétuel. C’est ce qui différencie ce film des adaptations précédentes.
Le rythme et la caméra
Dès les premières minutes, la caméra virevolte. Les décors immenses, signés Ezio Frigerio, sont traversés au pas de course. Jean-Paul Rappeneau a coupé environ 30% du texte original pour dynamiser l’action, avec la bénédiction de l’écrivain Jean-Claude Carrière au scénario. Le résultat est un film de cape et d’épée nerveux, presque un film d’action moderne.
La production, soutenue par UGC et Hachette Première, a misé des moyens colossaux pour reconstituer le Paris du XVIIe siècle et le siège d’Arras. Ce souffle épique est nécessaire pour porter la performance de Depardieu : il fallait un écrin à la mesure de sa démesure.
L’alchimie du casting : Brochet, Perez et Weber
Un géant ne peut exister que s’il a des partenaires à sa taille. Le casting de Cyrano de Bergerac est un modèle d’équilibre.
- Anne Brochet (Roxane) : Loin d’être une simple « ingénue », elle joue une Roxane intellectuelle, exigeante, parfois cruelle sans le savoir. Son regard, lorsqu’elle comprend enfin la vérité, est l’un des moments les plus déchirants du film. Elle tient tête à Depardieu avec une fragilité d’acier.
- Vincent Perez (Christian de Neuvillette) : Il incarne la beauté vide mais sincère. Vincent Perez réussit à ne pas rendre Christian ridicule. Il joue un homme courageux mais conscient de ses limites intellectuelles. Le duo qu’il forme avec Depardieu fonctionne comme les deux hémisphères d’un même cerveau amoureux.
- Jacques Weber (Comte de Guiche) : Le choix est symbolique et puissant. Jacques Weber est lui-même un grand interprète de Cyrano au théâtre. Lui donner le rôle du « méchant » face à Depardieu crée une tension méta-cinématographique savoureuse. C’est un passage de flambeau entre deux monstres sacrés.
Sans oublier les seconds rôles essentiels comme Roland Bertin (Ragueneau) et Philippe Morier-Genoud (Le Bret), qui ancrent le récit dans une humanité touchante.
Analyse des scènes cultes : Tirade et Balcon
Deux moments clés illustrent la perfection de ce film. Voici un extrait illustrant la puissance de la mise en scène et du jeu :
Ci-dessus : L’énergie débordante de la bande-annonce originale.
La Tirade du Nez
C’est l’épreuve du feu pour tout acteur. Gérard Depardieu la délivre non pas comme un exercice de style, mais comme une arme de défense. Il est assiégé, moqué, et son esprit devient son épée. La mise en scène le place au centre, encerclé, accentuant sa solitude au milieu de la foule.
La Scène du Balcon
C’est le cœur émotionnel du film. Dans l’obscurité, la voix de Cyrano remplace le visage de Christian. Ici, la musique de Jean-Claude Petit se fait discrète pour laisser place à la musicalité des mots. Depardieu y est bouleversant de retenue. Il ne joue plus pour la galerie, il joue sa vie.
Un pivot dans la carrière de Depardieu
Il y a un « avant » et un « après » Cyrano. Avant 1990, Gérard Depardieu était déjà une star, révélé par Les Valseuses de Bertrand Blier, et confirmé par Le Dernier Métro de François Truffaut. Mais il conservait une image de « loulou », de voyou magnifique.
Avec ce film, il acquiert une stature internationale et une « noblesse » artistique incontestable. Ce rôle lui ouvre les portes d’Hollywood (il tournera Green Card juste après, qui lui vaudra un Golden Globe). Il prouve qu’il peut tout jouer : le registre populaire comme dans La Chèvre, historique comme dans Le Retour de Martin Guerre, et désormais le classique pur.
C’est cette crédibilité acquise avec Cyrano qui lui permettra plus tard d’incarner d’autres figures historiques majeures comme dans 1492 : Christophe Colomb de Ridley Scott ou des personnages de littérature populaire comme Obélix dans Astérix et Obélix contre César.
L’évolution de carrière : Du poète tragique au Gaulois populaire.
Réception et pluie de récompenses
Le film fut un phénomène de société à sa sortie. Il a réconcilié le grand public avec le cinéma en costumes. Les chiffres et les récompenses parlent d’eux-mêmes :
- Festival de Cannes 1990 : Prix d’interprétation masculine pour Gérard Depardieu.
- César 1991 : 10 récompenses (un record à l’époque), dont Meilleur Film, Meilleur Acteur et Meilleur Réalisateur.
- Oscars 1991 : Oscar de la meilleure création de costumes et 4 autres nominations, dont Meilleur Acteur (fait rarissime pour un rôle en français).
- Golden Globes : Meilleur film en langue étrangère.
Cette avalanche de prix confirme que le film a touché une corde universelle : celle de l’amour impossible et de la beauté intérieure, des thèmes qui dépassent les frontières de la langue française.
Glossaire Technique
- Alexandrin
- Vers composé de douze syllabes, structure rythmique classique de la pièce d’Edmond Rostand. Depardieu les maîtrise parfaitement, respectant la césure à l’hémistiche tout en restant naturel.
- Tirade
- Longue suite de phrases ou de vers récitée sans interruption par un personnage au théâtre. La « Tirade du nez » est l’exemple le plus célèbre du répertoire français.
- Panache
- Mot clé de la pièce, intraduisible parfaitement dans d’autres langues. Il désigne une allure fière, une bravoure élégante et un héroïsme un peu théâtral face à l’adversité.
- Prothèse nasale
- Pièce de maquillage en latex ou silicone ajoutée au visage de l’acteur. Pour ce film, elle a été conçue pour s’intégrer aux expressions faciales de Depardieu sans les figer.
- UGC
- Union Générale Cinématographique. L’un des plus grands groupes de production et d’exploitation cinématographique en Europe, producteur clé de ce film.
Foire Aux Questions (FAQ)
Pourquoi le nez de Cyrano est-il si grand dans le film ?
Le nez proéminent est fidèle à la pièce d’Edmond Rostand et au personnage historique réel. Dans le film, ce nez symbolise la laideur physique qui empêche Cyrano de croire qu’il peut être aimé, contrastant avec la beauté de son âme.
Gérard Depardieu a-t-il réalisé ses cascades lui-même ?
Oui, Gérard Depardieu a réalisé la grande majorité de ses combats à l’épée. Il a suivi un entraînement intensif d’escrime artistique pour donner à Cyrano cette vivacité et cette puissance crédible lors des duels.
Où le film a-t-il été tourné ?
Le tournage a eu lieu dans plusieurs endroits historiques en France (comme Le Mans pour les scènes de rues médiévales, Dijon ou l’Abbaye de Fontenay) et en Hongrie pour les scènes de bataille du siège d’Arras, nécessitant des milliers de figurants.
Quelle est la différence entre le film et la pièce ?
Le film de Jean-Paul Rappeneau a coupé certains passages du texte original pour rythmer l’action. Il a aussi « aéré » la pièce en ajoutant des scènes extérieures qui n’existent pas sur scène, rendant l’histoire plus dynamique et visuelle.
Quel âge avait Depardieu lors du tournage ?
Il avait 41 ans. C’était l’âge parfait, combinant la maturité physique nécessaire pour imposer le respect et l’énergie vitale pour porter ce rôle épuisant.
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