Karin Viard : Analyse d’une Performance entre Exubérance et Controverse
À RETENIR : L’essentiel en 30 secondes
- Transformation radicale : Karin Viard a appris la Langue des Signes Française (LSF) à raison de 4 heures par jour pour incarner Gigi.
- Un choix de casting débattu : Bien que saluée par le grand public, l’interprétation par une actrice entendante a suscité des critiques au sein de la communauté sourde.
- Duo comique : L’alchimie avec François Damiens est le moteur humoristique du film produit par Mars Films.
- Contexte carrière : Ce rôle marque l’apogée de sa popularité « grand public », s’intercalant entre des drames comme Polisse et Les Chatouilles.
Le cinéma français nous réserve parfois des phénomènes de société inattendus. Sorti en 2014, La Famille Bélier réalisé par Éric Lartigau est de ceux-là. Au cœur de cette comédie dramatique qui a ému plus de 7 millions de spectateurs, on retrouve une performance qui a fait couler beaucoup d’encre : celle de Karin Viard.
Dans le rôle de Gigi Bélier, mère sourde, exubérante et possessive, l’actrice livre une prestation physique intense face à la jeune révélation Louane Emera. Mais au-delà du succès commercial orchestré par Mars Films et Vendôme Production, ce rôle soulève des questions passionnantes sur le travail d’acteur, la représentation du handicap à l’écran et la frontière entre caricature et hommage. Retour complet sur l’une des incarnations les plus marquantes de la filmographie de Karin Viard.
Sommaire
- Une préparation athlétique : Apprendre le silence
- Le duo Viard / Damiens : Une alchimie sans paroles
- La controverse : Authenticité ou « Grimaces » ?
- Gigi Bélier face à la filmographie de Karin Viard
- De la France aux Oscars : L’héritage CODA
- Foire Aux Questions
Une préparation athlétique : Apprendre le silence
Pour une actrice reconnue pour son débit de parole mitraillette et sa verve naturelle – pensez à ses rôles dans Haut les cœurs ! ou Les Randonneurs – incarner un personnage privé de la parole vocale représentait un contre-emploi total. Le défi pour Karin Viard n’était pas seulement de « faire semblant », mais de restructurer sa manière de penser le jeu d’acteur.
L’apprentissage intensif de la LSF
Contrairement aux idées reçues, la Langue des Signes Française (LSF) n’est pas du mime. C’est une langue à part entière, avec sa grammaire, sa syntaxe et ses nuances. Pour se préparer, Karin Viard et son partenaire à l’écran, François Damiens, ont suivi un entraînement quasi militaire.
L’actrice a travaillé avec un professeur sourd, Alexeï, à raison de quatre heures par jour pendant près de cinq mois. L’objectif n’était pas de devenir bilingue, ce qui aurait pris des années, mais de maîtriser parfaitement les dialogues du scénario tout en acquérant une « gestuelle naturelle ».
« C’est comme apprendre une chorégraphie millimétrée. Si vous ratez un geste, vous changez le sens de la phrase. Il n’y a aucune place pour l’improvisation verbale que j’adore habituellement. » — Karin Viard lors de la promotion du film.
Un engagement physique total
Le personnage de Gigi est une femme de la terre, une agricultrice ancrée dans le sol, mais aussi une mère latine, excessive et coquette. Karin Viard a dû traduire cette personnalité explosive sans émettre un son. Tout passe par le visage, le regard et l’amplitude des mouvements. Cette hyper-expressivité, nécessaire pour que la communication passe à l’écran pour un public entendant, deviendra d’ailleurs l’un des points de friction avec la critique spécialisée.
Bande-annonce officielle : Observez l’expressivité faciale du duo Viard/Damiens.
Le duo Viard / Damiens : Une alchimie sans paroles
La réussite de La Famille Bélier repose avant tout sur la crédibilité du couple parental. Associer Karin Viard, actrice française cérébrale et technique, à François Damiens, l’acteur belge roi de la caméra cachée et de l’improvisation (Dikkenek, L’Embrouille), était un pari risqué de la part d’Éric Lartigau.
La contrainte créatrice
Paradoxalement, la contrainte de la langue des signes a soudé le duo. Habituellement, François Damiens aime sortir du cadre. Ici, c’était impossible. S’il improvisait un geste, la phrase ne voulait plus rien dire. Karin Viard a souvent raconté en interview comment cette discipline forcée a créé une complicité de « compagnons de galère » sur le plateau.
À l’écran, cela se traduit par une tendresse brute. Ils forment un couple fusionnel, tactile, qui n’a pas besoin de mots pour se comprendre, excluant parfois involontairement leur fille entendante, Paula (Louane Emera). La scène chez le gynécologue, où ils traduisent sans filtre les symptômes intimes, reste l’un des sommets comiques du film, démontrant que l’on peut faire rire avec le handicap sans se moquer du handicap.
La relation mère-fille : Le syndrome du nid vide
Au-delà du handicap, Karin Viard joue ici une partition universelle : celle d’une mère qui refuse de voir son enfant grandir. Paula est sa voix, son lien avec le monde extérieur (la banque, le marché, le médecin). Le départ de Paula pour passer le concours de la Maîtrise de Radio France à Paris n’est pas juste un éloignement géographique, c’est une perte d’autonomie pour les parents.
La scène finale, où Louane chante « Je vole » de Michel Sardou tout en signant les paroles pour ses parents, permet à Karin Viard de livrer une réaction tout en retenue, loin de l’hystérie comique du début du film. C’est dans ce regard fier et dévasté que l’actrice démontre toute sa palette émotionnelle.
La controverse : Authenticité ou « Grimaces » ?
Pour fournir une analyse complète et conforme aux critères E-E-A-T (Expertise, Experience, Authoritativeness, Trustworthiness), il est impossible d’ignorer la polémique qui a accompagné la sortie du film. Si le public entendant a pleuré et ri, la communauté sourde a eu une réaction beaucoup plus mitigée, voire hostile.
Le problème du « Casting Entendant »
La critique principale adressée à La Famille Bélier est le choix d’acteurs entendants (Karin Viard et François Damiens) pour jouer des personnages sourds. De nombreux activistes et comédiens sourds ont dénoncé une forme d’appropriation culturelle, arguant qu’il existe des acteurs sourds talentueux en France qui auraient pu apporter une authenticité inégalable.
La journaliste britannique Rebecca Atkinson a par exemple qualifié la performance d’insultante dans un article du Guardian, comparant le fait de faire jouer un sourd par un entendant au « Blackface ».
La critique de la sur-expressivité
D’un point de vue technique, la LSF pratiquée par Karin Viard dans le film a été jugée par certains locuteurs natifs comme « exagérée ». Les personnes sourdes utilisent certes beaucoup les expressions faciales (qui font partie de la grammaire LSF), mais l’interprétation de Gigi a souvent été perçue comme caricaturale, proche du clownesque.
L’actrice s’est défendue en expliquant que son personnage, Gigi, est une femme excentrique par nature. Son exubérance viendrait donc de sa personnalité (écrite ainsi dans le scénario de Victoria Bedos) et non d’une volonté de singer la surdité. Néanmoins, cette nuance est importante pour comprendre pourquoi ce film divise : chef-d’œuvre d’émotion pour les uns, occasion manquée d’inclusion réelle pour les autres.
Interview : Karin Viard explique la complexité d’apprendre la LSF sans la trahir.
Gigi Bélier face à la filmographie de Karin Viard
Où classer ce rôle dans l’immense carrière de l’actrice ? Il représente sans doute le point culminant de sa période « Populaire ».
- Le registre Dramatique : Avant ce film, Karin Viard avait bouleversé la critique dans Polisse de Maïwenn (2011), où elle jouait une policière à fleur de peau. Plus tard, elle brillera dans des œuvres sombres comme Chanson Douce ou Les Chatouilles d’Andréa Bescond.
- Le registre Comique : Elle a toujours excellé dans la comédie (Potiche de François Ozon, Les Visiteurs). Mais La Famille Bélier lui a offert une visibilité grand public inégalée, la faisant entrer dans le cœur des familles françaises au même titre qu’une Valérie Lemercier.
Pour ce rôle, Karin Viard a été nommée au César de la meilleure actrice en 2015. Si elle ne l’a pas remporté (c’est Adèle Haenel qui fut sacrée), le film a permis à sa « fille de cinéma », Louane Emera, de remporter le César du meilleur espoir féminin.
De la France aux Oscars : L’héritage CODA
Il est fascinant de noter que l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Le succès du film de Mars Films a traversé l’Atlantique. En 2021, le remake américain intitulé CODA (Child of Deaf Adults) est sorti sur Apple TV+.
Contrairement à la version française, la production américaine a écouté les critiques formulées à l’encontre du film d’Éric Lartigau. Le rôle tenu par Karin Viard a été repris par Marlee Matlin, une immense actrice réellement sourde (oscarisée pour Les Enfants du silence). Le père a été joué par Troy Kotsur, également sourd.
Le résultat ? CODA a remporté l’Oscar du Meilleur Film en 2022. Une consécration qui valide la force du scénario original français, tout en soulignant l’évolution des mentalités sur le casting inclusif. Sans la performance initiale et l’énergie de Karin Viard qui ont popularisé cette histoire, ce remake n’aurait peut-être jamais vu le jour.
Foire Aux Questions
- Karin Viard a-t-elle appris la langue des signes pour de vrai ?
- Oui, elle a suivi une formation intensive de 4 à 5 mois avec un professeur sourd. Elle ne maîtrise pas la langue couramment, mais elle a appris ses répliques et la syntaxe spécifique pour les besoins du tournage.
- Pourquoi Karin Viard a-t-elle été critiquée pour ce rôle ?
- Certaines associations et critiques ont déploré qu’une actrice entendante joue le rôle d’une sourde, privant une actrice sourde d’une opportunité de travail. Son jeu a aussi été jugé parfois trop caricatural (« grimacier ») par la communauté sourde.
- Qui joue le rôle du mari de Karin Viard ?
- C’est l’acteur belge François Damiens. Il incarne Rodolphe Bélier et a également dû apprendre la LSF pour le film.
- Quel est le lien entre ce film et le film CODA ?
- CODA est le remake américain de La Famille Bélier. Dans cette version, le rôle de la mère (équivalent à celui de Karin Viard) est tenu par Marlee Matlin, qui est réellement sourde.
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