Morgan Freeman dans Les Évadés : L’espoir à Shawshank
Une plongée approfondie dans le rôle de Red, l’alchimie avec Tim Robbins et les secrets de tournage de l’œuvre culte de Frank Darabont.
CE QU’IL FAUT RETENIR
Si vous êtes pressé, voici l’essentiel de notre analyse sur Morgan Freeman dans Les Évadés :
- Un casting à contre-emploi : Dans la nouvelle de Stephen King, Red est un Irlandais roux. Le choix de Morgan Freeman a redéfini le personnage.
- La voix de Dieu : La narration en voix off a été enregistrée avant le tournage pour rythmer le jeu des acteurs, une technique rare à l’époque.
- Une performance sur la durée : Le film couvre 40 ans ; le jeu de Freeman évolue subtilement par la posture et le regard, illustrant le concept d’institutionnalisation.
- L’impact culturel : Bien qu’échec commercial à sa sortie face à Pulp Fiction, le film est devenu le numéro 1 de l’histoire sur IMDb grâce au marché de la VHS.
Il est rare qu’un second rôle devienne l’âme véritable d’un film. Pourtant, lorsque l’on évoque Les Évadés (The Shawshank Redemption), la première image qui vient souvent à l’esprit n’est pas celle d’Andy Dufresne s’évadant sous la pluie, mais celle de Red, assis dans la cour, dispensant sa sagesse avec une voix qui semble porter le poids du monde.
Sorti en 1994, produit par Castle Rock Entertainment et distribué par Columbia Pictures, ce chef-d’œuvre réalisé par Frank Darabont a transcendé son statut de simple « film de prison ». Au cœur de cette réussite se trouve la performance magistrale de Morgan Freeman. Son interprétation d’Ellis Boyd « Red » Redding ne se contente pas de soutenir l’intrigue ; elle en est le baromètre émotionnel.
Dans cette analyse détaillée, nous allons décortiquer comment Morgan Freeman dans Les Évadés a construit l’un des personnages les plus aimés de l’histoire du cinéma, transformant une nouvelle de Stephen King en une leçon universelle sur l’espoir.
Sommaire de l’analyse
- La genèse : Du Red irlandais au Red de Freeman
- La voix off : Une prouesse technique et narrative
- L’alchimie Robbins / Freeman : Une étude de contrastes
- Analyse de scène : Les trois auditions de liberté conditionnelle
- Secrets de tournage : Ce que vous ignoriez
- L’héritage de Red dans la filmographie de Freeman
- Foire Aux Questions
La genèse : Du Red irlandais au Red de Freeman
Pour comprendre la force de l’interprétation, il faut revenir à la source : la nouvelle de Stephen King intitulée Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank. Dans le texte original, le personnage de Red est décrit comme un homme blanc d’origine irlandaise, aux cheveux roux (d’où le surnom « Red »).
Lorsque Frank Darabont adapte le scénario, il envisage initialement des acteurs comme Clint Eastwood, Harrison Ford ou Paul Newman. Cependant, le réalisateur décide de briser les codes en proposant le rôle à Morgan Freeman, qui s’était déjà illustré dans Driving Miss Daisy et Glory.
Ce choix de casting a radicalement changé la dynamique du film. Morgan Freeman apporte une dignité calme, une « gravitas », qui contraste avec l’archétype du détenu violent. Le film conserve d’ailleurs une blague méta-textuelle savoureuse : lorsque Andy demande à Red l’origine de son surnom, Freeman répond avec un sourire ironique :
« Peut-être parce que je suis Irlandais. »
Cette réplique, improvisée comme une blague sur le casting, est restée au montage final.
La voix off : Une prouesse technique et narrative
La voix off est souvent considérée comme une béquille scénaristique par les puristes du cinéma (« Show, don’t tell »). Pourtant, dans Les Évadés, elle est un personnage à part entière. Elle ne se contente pas de décrire l’action ; elle nous donne accès à l’intériorité d’un homme qui a cessé de rêver.
Un fait technique fascinant mérite d’être souligné : a enregistré l’intégralité de la narration en studio avant même que le tournage ne commence. C’était une exigence de Frank Darabont. L’idée était de diffuser la voix enregistrée sur le plateau pendant les prises, afin que le rythme des acteurs (notamment Tim Robbins) se cale parfaitement sur la cadence musicale de la voix de Freeman.
Cela se ressent particulièrement dans les scènes de montage, comme celle de la construction de la bibliothèque ou celle de la bière sur le toit de l’usine. La voix de Red enveloppe le spectateur, créant une intimité immédiate. C’est cette performance vocale qui a cimenté le statut de Morgan Freeman comme « La Voix de Dieu » dans la culture populaire hollywoodienne.
Redécouvrez la bande-annonce originale qui met en valeur cette narration unique :
L’alchimie Robbins / Freeman : Une étude de contrastes
Le cœur émotionnel du film réside dans l’amitié improbable entre Andy Dufresne et Red. Sur le papier, tout les oppose. Andy, joué par un Tim Robbins énigmatique et froid, représente l’innocence brisée et l’espoir intellectuel. Red, joué par un Morgan Freeman chaleureux mais cynique, représente la culpabilité acceptée et le réalisme pragmatique.
Leur relation évolue subtilement. Au début, Red voit Andy comme une curiosité, voire une source de profit via son marché noir. Morgan Freeman joue ces premiers instants avec une distance calculée. Puis, scène après scène, on voit son armure se fissurer. La scène où Andy lui offre un harmonica est charnière : pour la première fois, Red est déstabilisé par un geste de pure gentillesse désintéressée.
Cette dynamique fonctionne car Tim Robbins laisse beaucoup d’espace à Freeman. Robbins joue « en dedans », ce qui permet à Freeman de rayonner et de devenir le conduit émotionnel du public. Nous ne savons pas toujours ce que pense Andy, mais nous savons toujours ce que ressent Red.
Analyse de scène : Les trois auditions de liberté conditionnelle
Pour un étudiant en cinéma ou un acteur aspirant, l’arc narratif de Red est une masterclass qui peut être analysée à travers trois scènes clés : ses auditions devant la commission de libération conditionnelle.
- Première audition (20 ans de prison) : Un jeune Red (maquillé) tente de plaire. Il utilise un langage corporel soumis, mains jointes, regardant les juges, récitant ce qu’ils veulent entendre : « J’ai été réhabilité ». Morgan Freeman joue ici la fausseté et le désespoir d’un homme qui veut sortir mais n’y croit pas. Résultat : REJETÉ.
- Deuxième audition (30 ans de prison) : L’ennui s’installe. Freeman joue la routine. Il répète les mêmes mots, mais le ton est monocorde. Il sait déjà que le tampon « REJETÉ » va tomber. C’est l’image parfaite de l’institutionnalisation.
- Troisième audition (40 ans de prison) : La transformation totale. Red n’en a plus rien à faire. Il ne cherche plus à plaire. Lorsqu’on lui demande s’il a été réhabilité, il répond avec une honnêteté brutale : « C’est un mot politique… inventé pour que des costumés comme vous aient l’air important. »
Paradoxalement, c’est en cessant de vouloir la liberté que Red l’obtient. Morgan Freeman livre ici l’un des meilleurs monologues de l’histoire du cinéma. Il ne joue pas la colère, il joue la fatigue absolue. Et c’est cette fatigue qui convainc la commission. C’est une leçon d’acting : Less is more.
Secrets de tournage : Ce que vous ignoriez
Derrière la magie de l’écran, le tournage à la prison d’État de l’Ohio (qui servait de décor pour Shawshank) n’a pas été de tout repos. Voici quelques faits qui enrichissent la légende de Morgan Freeman dans Les Évadés :
- La scène de la balle de baseball : Dans la cour, on voit souvent Red et Andy discuter pendant que Red lance une balle de baseball. Le tournage de cette séquence a duré 9 heures. Morgan Freeman a lancé cette balle pendant 9 heures sans se plaindre, mais le lendemain, il est arrivé sur le plateau avec le bras en écharpe, glacé par la douleur. Un exemple de son professionnalisme absolu.
- Le fils de Freeman : Sur les documents de libération conditionnelle, on voit une photo d’identité judiciaire de Red très jeune. Ce n’est pas un trucage numérique (la technologie n’était pas prête en 1994). Il s’agit en réalité d’Alfonso Freeman, le propre fils de Morgan. Alfonso fait d’ailleurs un caméo dans le film : c’est le jeune prisonnier qui crie « Poisson frais ! » à l’arrivée d’Andy.
- La fin alternative : Le scénario original finissait sur Red montant dans le bus vers la frontière mexicaine, laissant la fin ouverte. Les producteurs de Castle Rock Entertainment ont insisté pour une réunion visuelle. Bien que réticent, Frank Darabont a filmé la scène de la plage à Zihuatanejo. Finalement, cette réunion, magnifiée par le sourire radieux de Freeman, est devenue l’une des conclusions les plus satisfaisantes du cinéma.
Regardez un extrait montrant l’étendue du talent de Freeman (et d’autres rôles cultes) :
L’héritage de Red dans la filmographie de Freeman
Avant 1994, Morgan Freeman était un acteur respecté. Après Les Évadés, il est devenu une icône. Ce rôle a défini son archétype pour les deux décennies suivantes : le mentor sage, observateur, parfois divin.
On retrouve des traces de Red dans son rôle du détective Somerset dans Seven (sorti un an plus tard, en 1995), où il joue à nouveau un vétéran fatigué face à un monde violent (avec Brad Pitt). On le retrouve aussi dans Million Dollar Baby (pour lequel il gagnera enfin l’Oscar, bien qu’il l’ait mérité pour Shawshank).
Cependant, Red reste unique car il est vulnérable. Il a peur. Lorsqu’il sort de prison, sa panique dans sa petite chambre d’hôtel, envisageant le suicide pour échapper à la liberté, est poignante. C’est cette vulnérabilité qui fait que, des années plus tard, Les Évadés reste classé #1 sur IMDb, devant Le Parrain. Ce n’est pas un film sur une prison, c’est un film sur la résilience de l’esprit humain, porté par le visage inoubliable de Freeman.
Glossaire du Film
- Shawshank
- Prison d’État fictive du Maine, imaginée par Stephen King. Elle symbolise un purgatoire bureaucratique.
- Institutionnalisation
- Concept clé du film décrit par Red : « Ces murs ont un effet bizarre. D’abord on les déteste, ensuite on s’y habitue, et on finit par avoir besoin d’eux. » C’est la dépendance psychologique à l’enfermement.
- Zihuatanejo
- Petite ville de pêcheurs au Mexique, dans l’État de Guerrero. Pour Andy et Red, c’est un lieu « sans mémoire », symbolisant la rédemption finale.
- Brooks Hatlen
- Le bibliothécaire âgé (joué par James Whitmore). Son destin tragique sert d’avertissement à Red sur les dangers de la liberté après une longue peine.
Foire Aux Questions
Voici les réponses aux questions les plus fréquentes concernant le rôle de Freeman dans ce classique du cinéma.
Morgan Freeman a-t-il gagné un Oscar pour Les Évadés ?
Non, bien qu’il ait été nommé pour l’Oscar du Meilleur Acteur en 1995 pour sa performance inoubliable, il a perdu face à Tom Hanks pour Forrest Gump. Une décision souvent contestée par les critiques modernes.
Quel âge a le personnage de Red à la fin du film ?
Red entre à Shawshank tout jeune. Le film couvre environ 40 ans (de 1947 aux années 60). À la fin du film, Red a environ 60 ans, ce qui correspondait presque à l’âge réel de Morgan Freeman (57 ans) lors du tournage.
Pourquoi Red est-il en prison dans Les Évadés ?
Dans le film, Red admet avoir commis un meurtre (« Je suis le seul coupable à Shawshank »). Dans la nouvelle originale de Stephen King, il est précisé qu’il a coupé les freins de la voiture de sa femme pour toucher l’assurance, tuant accidentellement aussi un voisin et un enfant, ce qui explique sa lourde peine et sa culpabilité.